Kevredigezh « E daoulagad Léa »

-Mes remerciements pour Léa à l'association Noélanie ainsi qu'au forum du groupe indochine  


                                                Témoignages

Madame,
je vous envoie cet email, après avoir vu votre vidéo sur youtube, et après avoir lu votre lettre au Ministre de l’éducation. Permettez moi de me présenter.
Je m’appelle Nolwenn, j’ai maintenant 20 ans, et je suis étudiante en droit. 
Je voulais par cet email vous raconter mon histoire, et vous laisser un message d’encouragement. 
J’ai grandit dans la Marne, dans une petite école charmante, puis dans un petit collège. Enfant naïve que j’étais je croyais en la beauté du monde, et surtout j’avais une foi immense dans les gens. Je ne pouvais pas croire en la méchanceté gratuite. 
J’ai déménagé, je suis partie à l’autre bout de la France. J’étais seule le jour de la rentrée de seconde. D’un naturelle un peu timide, et n’ayant pas vraiment confiance en moi, les premiers jours et premières semaines ont été rudes. Ce n’était pas très simple tous les jours, mais je m’habituais peu-à-peu à cette nouvelle vie. Je repartais à zéro, ce que certaines m’enviaient alors que je n’avais qu’une envie c’était de partir. 
Puis, il fut tant de rentrer en première. Je me retrouvais à nouveau seule dans cette classe de S. J’étais une fille curieuse et passionnée par la chimie. J’étais quelqu’un de serviable, le coeur sur la main. Au début ça allait, nous étions 20 dans cette classe et je pensais que nous formerions une bonne bande. Quelle erreur.  J’ai commencé rapidement à sentir ces regards sur moi, ces silences pesant lorsque je rentrais dans une pièce ou lorsque j’arrivais dans le couloir. Et puis ces rires, et ces chuchotements, j’ai entendu les pires choses à mon sujet. J’étais à moins d’un mètre d’eux. Ils étaient au moins 15 contre moi. Contre une fille qui n’était pas de ce patelin. C’était tellement plus facile. 
J’ai appris à me taire, et à faire profit bas. Qu’est ce que je pouvais dire sans m’attirer encore plus de problème ? Je n’osais même pas en parler aux amies que je retrouvais pour travailler mes TPE. 
Un jour j’ai trouvé le courage de parler. J’ai été par un professeur de chimie, qui avait bien compris, m’ayant eu l’année précédente, que je n’allais pas bien. Il m’a soutenu du mieux qu’il le pouvait mais il ne faisait pas le poids. Je me souviens que l’on devait faire un voyage organiser à Paris, et le départ était le jour de mon anniversaire. Il m’a séparé des gens de ma classe et pour le trajet en bus, et pour les activités et pour les chambres. Je ne le remercierai jamais assez pour ce geste. 
Alors certes, on ne peut pas plaire à tout le monde, mais le soutiens extérieur est très important. Alors dans ma lancée, j’ai recherché des miettes de courages, et j’en ai parlé à ces amies. Il m’a fallut énormément de courage, je vous l’assure. Pour m’entendre dire au final que je faisais mon intéressante, que c’était pour me mettre en avant. La douleur physique est très douloureuse, vraiment. Mais la douleur morale est une torture, car nous n’avons alors pas de preuve pour montrer aux gens à quelle point c’est dur.

Dans ma lancée j’ai parlé à ma professeur principale. Qui n’a jamais rien fait, et qui surtout, ne me croyait pas. Je suis allée devant le CPE devant lequel je n’ai pas pu retenir mes larmes. Il ne m’a pas cru, jusqu’à voir mes larmes, et pour se débarrasser de moi en soupirant il m’a dit que son devoir était de me faire sentir bien en classe et qu’il verrait ce qu’il pourrait faire. Sa femme, mon professeur de français, l’a encouragé à me laisser dans cette classe. 
Je me suis sentie trahie, et surtout abandonnée. Je pleurais tous les soirs, barrant les jours sur mon agenda, comptant les heures qu’il me restait à faire, comme un prisonnier peut compter ses jours d’emprisonnement. 
Lorsque cette professeur m’a révélé à la fin d’un cours qu’elle avait tout fait pour que je reste dans cette classe, je lui ai clairement dit que cette situation je ne la souhaitais même pas à mon pire ennemi. 
Mes détracteurs vivent en paix. Ils dorment sur leurs deux oreilles. J’ai été détruite par cette expérience. Et même le soutiens que je pensais avoir trouver dans mes amies d’enfances s’est révélé être inexistant. Puisqu’à mon entrée en FAC tout ce qu’elles ont pu trouver à me dire était : « s’il te plait, essaie de te faire des amis cette fois ci ». 
Indochine est mon groupe préféré depuis longtemps. et Nicola Sirkis a su retranscrire toutes mes émotions. On se retrouve à un moment seul, et personne ne nous croit. Votre fille a eu beaucoup de courage, car elle vous en a parlé, je n’ai pas osé accabler les miens, retournant chaque jour au lycée. J’étais marqué au fer rouge : « paria de la société », j’étais affichée en place publique, personne ne voulait me fréquenter. 
Il y’a deux ans que cette histoire est fini, mais j’ai encore des sueurs froides lorsque j’entend un rire un peu trop prononcé ou un ricanement dans mon dos. Je n’ai jamais été considérée comme une victime, je n’ai jamais été reconnue comme tel, et je n’ai jamais eu beaucoup d’aide. Même mon professeur de chimie devant ce massacre m’a laissé pour compte. Aujourd’hui encore, le fils d’un ami de mes parents ne veut même pas faire de covoiturage avec moi au vu de ce que je représente ici. 
J’ai trouvé votre fille très courageuse, et je voudrais lui dire qu’elle ne guérira pas de suite. Mais qu’un jour elle sera libre de ces démons. Qu’elle ne doit pas oublier que le plus important c’est elle, c’est la jeune fille qu’elle est devenue avec ces épreuves, il ne faut pas qu’elle oublie ce qu’elle était. Il y’a quelque part des gens biens qui l’attendent et qui lui montreront qu’elle est importante, et qu’elle n’a pas à se baisser devant eux. C’est dur de croire qu’un jour tout ira mieux, mais elle vous a vous, et ce soutien que vous lui apportez est très important, et rappelez lui tous les jours qu’elle est fantastique et qu’elle a beaucoup de courage et que si ce n’est pas demain ou après demain, les choses iront mieux et elle oubliera tout ça. On m’a toujours dit de me taire et de m’écraser mais ce n’ai pas ce qu’il faut faire. J’espère que vous trouverez un jour la paix. 
Mes parents n’ont jamais prit conscience de la douleur que j’ai pu ressentir puisque je n’avais pas de trace physique, mais vous savez j’ai vécu l’humiliation morale tous les jours, toutes les heures, ne pouvant participer en cours sans subir des railleries, en TD de chimie le prof devait désigner quelqu’un à s’assoir sur ma paillasse. 
Aller voir un psychologue peut aider, pour ma part j’ai plus eu l’impression de l’ennuyer qu’autre chose, de ce fait, je reste avec mes cauchemars et mes peurs et un jour peut-être j’arriverai à les occulter complètement. Je me bat chaque jour contre ces souvenirs. 
Parfois j’en parle avec mes amis de la FAC, et ils me disent, « bon sang, on ne pensait pas que ça aurait pu t’arriver ». J’ai prit le parti d’en rire, de l’auto dérision, parce que j’ai été prise comme bouc émissaire, et que je ne saurai jamais pourquoi, je ne connaitrai jamais les raisons de cette violence. J’en ris, mais il me reste un sacré gout amer en bouche. J’ai prit le parti d’en rire également car je ne peux supporter de voir leurs regards changés et se remplir de pitié. 
Dites à votre fille de rester joyeuse, de rire, et de profiter de chaque instant de la vie. 
Je vous remercie du temps que vous avez pu consacrer à lire cet email. Je vous souhaite beaucoup de courage, et je vous trouve fantastique de mener ce combat de front, je souhaite vraiment qu’un jour vous puissiez en venir à bout. Sincèrement. 
Respectueusement,
Nolwenn.D.